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La filière et l’architecte : rôle des concepteurs dans la structuration de la filière BTC à Mayotte depuis la fin des années 1970

11 juin 2021,

Communication au séminaire transversal LET/Habiter, organisation Dalia Perziani (HABITER-ULB) et Gaëlle Faguet (LET-LAVUE/HABITER-ULB), en ligne, 11 juin 2021

| Communications sans actes

La notion de filière a été abordée autour des procédés de transformation, de mise en œuvre des éco-matériaux, des jeux d’acteurs. Ce séminaire a permis d’apporter un éclairage particulier sur la manière dont les concepteurs prennent part à la structuration de ces filières, avec un intérêt pour les techniques constructives écologiques. Les interrogations ont porté sur le rôle de cette notion dans la pratique et la formation des architectes mêmes, sur les enseignements dédiés aux éco matériaux et aux savoir-faire constructifs qui y sont liés. Il s’agissait finalement aussi de comprendre comment cette notion est investie comme objet de recherche dans le champ de l’architecture et de l’urbanisme.

Résumé de la présentation :

Les filières de matériaux biosourcés sont des objets de recherche émergent dans le champ de l’architecture. Leur structuration permet d’identifier des acteurs et de comprendre les phénomènes à l’oeuvre autour de modes constructifs alternatifs. Leur analyse permet de questionner spécifiquement la place de l’architecte dans les enjeux socio-écologiques de l’aménagement des territoires. Elle interroge aussi plus largement la place des savoirs et des compétences liés aux processus de construction du cadre bâti avec les ressources locales en identifiant les mécanismes de conception à l’oeuvre.
La politique d’habitat social de Mayotte s’engage à la fin des années 1970 dans la pérennisation de l’habitat. La technique du BTC est alors introduite avec l’expertise du laboratoire CRATerre afin de réduire la dépendance économique avec la Métropole, de mieux contrôler les coûts et de réduire l’impact écologique des constructions. Une filière se structure progressivement jusqu’au début des années 2000 avec la formation de professionnels autour des savoirs constructifs en BTC : près de 20 000 logements ayant recours à cette technique sont proposés à la population. A travers un terrain d’étude singulier, cette
proposition questionne les modalités d’implication du concepteur dans la structuration de cette filière mahoraise à cette période (1980-2000).
La méthodologie utilisée propose une monographie d’opérations démonstratrices et d’acteurs engagés (maîtres d’ouvrages, chercheurs, concepteurs, constructeurs, habitants). En mobilisant le cadre théorique de la sociologie de la traduction, elle étudie les résultats en retracant l’ensemble de la démarche de projet et les modalités d’attention accordées au contexte : modes d’habiter, stratégie de promotion de la technique, démarche de coproduction avec les habitants, processus de fabrication et déploiement du BTC sur le territoire, formations professionnelles. Des entretiens sont sollicités auprès des chercheurs et concepteurs impliqués à cette époque afin d’évaluer l’impact de l’utilisation du BTC dans le travail de conception et l’intégration de ces acteurs dans les questions d’aménagement.
Cette recherche et ses premiers résultats montrent le rôle central de l’architecte dans la structuration de la filière BTC. Ils
mettent en lumière le partenariat entre concepteurs et petites entreprises locales très impliqués dans la mise au point des
savoir-faire autour du BTC. Ils pointent également les dynamiques de recherche-action développées par les architectes dans des chantiers expérimentaux qui s’appuient sur des recherches ethnographiques afin de proposer des logements “adaptés” aux modes de vie. Au centre de ces processus, le travail de conception permet d’intégrer l’ensemble des acteurs de la filière dans une “méthode de projet”.
On met en perspective de ce travail les dynamiques actuelles de développement architectural et urbain et le rôle que jouent les concepteurs aujourd’hui sur l’île. A travers la nécessité d’inscrire les démarches architecturales dans le cadre du
développement durable, les éco matériaux suscitent une nouvelle attention chez les acteurs de la construction et semblent
engager la filière dans un nouveau cycle. Les processus de conception s’accompagnent aujourd’hui de logiques normatives dans des opérations qui changent d’échelle : des grandes entreprises du bâtiment semblent s’emparer de cette technique pour l’industrialiser lorsque des architectes issus de la 1ère génération (1980) conçoivent son renouveau dans une perspective collaborative et démonstrative en accord avec les fondements originels de la filière. La thèse engagée étudie ainsi les mécanismes et les modalités d’attention accordées au contexte (modes d’habiter, savoirs) dans les processus de conception aujourd’hui à Mayotte.

Programme du séminaire :

  • 9h30-10h00, accueil, introduction sur les thématiques, présentation des deux laboratoires
  • 10h00-10h40, Falonne Nkenye Osiveri : La place du bois dans la construction : trajectoire du matériau, de l’exploitation forestière à la mise en œuvre en RD Congo, ouverture, débat avec la salle
  • 10h40- 11h20, Gaëlle Faguet : La filière et l’architecte : rôle des concepteurs dans la structuration de la filière BTC à Mayotte depuis la fin des années 1970, ouverture et débat avec la salle
  • 11h35-12h15, Judith Le Maire, Machine à penser : ce que fait le territoire aux filières de matériaux et de techniques constructives écologiques. Un master en Architecture et aménagement du territoire situés Université Kongo, ULB, ULiège , ouverture et débat avec la salle
  • 12h15- 12h55, Bendicht Weber, L’impact d’expérimentations autour des éco-matériaux et des filières de réemploi en France sur le renouvellement des pratiques, des formations et des recherches, ouverture et débat avec la salle

Les intervenant.e.s :

  • Falonne Nkenye Osiveri est architecte et doctorante en 2ème année de thèse en cotutelle entre l’ULB (HABITER/LOUISE) et l’Université Kongo, sous la direction de Géry Leloutre (HABITER/LOUISE) et Jean-Louis Genard (SASHA), boursière du programme ARES
  • Gaëlle Faguet est architecte et doctorante en 1ère année de thèse en cotutelle entre l’ENSA Paris La Villette (LET-LAVUE) et l’ULB (HABITER), sous la direction de Jodelle Zetlaoui-Léger (LET-LAVUE) et Victor Brunfaut (HABITER), sous contrat doctoral du ministère de la culture
  • Judith Lemaire est architecte, docteure en histoire de l’art, chargée de cours dans l’atelier de projet d’architecture Histoire Théorie Critique, directrice du CLARA à la faculté d’architecture La Cambre-Horta de l’ULB, membre des laboratoires SASHA et HABITER de l’ULB
  • Bendicht Weber est architecte, docteur en projet architectural et urbain, professeur des Ecoles Nationales Supérieures d’Architecture en théorie et pratique de la conception architecturale et urbain, chercheur associé au LET-LAVUE, Co-responsable scientifique de la Chaire partenariale EFF&T expérimenter, faire, fabriquer & transmettre

Voir en ligne : Programme du séminaire

Types de publications

Projet scientifique du LAVUE