La fabrique du logement abordable : l’exemple de la métropole de Montpellier
Stéphanie Jannin, La fabrique du logement abordable : L’exemple de la métropole de Montpellier, thèse de doctorat (David Giband dir.), Université Perpignan Via Dometia, 2024.
La notion de « logement abordable » s’est installée ces dernières années dans le vocabulaire courant de ceux qui pensent, agissent ou analysent la fabrique de la ville : opérateurs, bailleurs, élus locaux, nationaux, acteurs institutionnels, chercheurs, journalistes… L’utilisation du terme se généralise dans les années 2010, dans le sillage de la crise financière de 2008, d’abord dans le discours institutionnel des grandes organisations mondiales (ONU, Banque Mondiale, OCDE…), pour être peu à peu saisi par la plupart des gouvernements locaux. Pourtant le logement abordable apparait comme un objet aux contours flous, tantôt englobant les problématiques du mal-logement et du logement social, tantôt s’en dissociant, ne bénéficiant pas d’une définition et d’un cadre politique ou juridique commun. Il semble être employé comme un terme global caractérisant moins l’objet qu’il désigne que la situation problématique qu’il sous-tend : une crise mondiale de l’accessibilité au logement urbain, désormais élargie aux classe modestes et moyennes. Dans le double contexte de la financiarisation du logement et du recul généralisé des États dans les politiques du logement, malgré un besoin grandissant et une injonction politique déclarée à tous les échelons, la production de logement abordable reste réduite à la portion congrue entre celle du logement social, prise en charge par les pouvoirs publics, et celle du logement libre, produite par l’économie de marché. Du logement social universel et institutionnalisé comme outil principal d’accès à un logement pour tous, vers la notion plus anglo-saxonne de affordable housing, le glissement sémantique n’est pas neutre. Il introduit la fin de l’idée du logement social universel comme outil principal d’accès à un logement pour tous et réinterroge les mécaniques de fabrication de ce dernier, à l’articulation d’enjeux nationaux et locaux. Cette thèse explore le logement abordable comme un objet de recherche en urbanisme, nécessairement politique, et saisi dans une problématique aux dimensions économiques et sociales qui réinterroge la notion même de droit au logement. La première partie du travail s’attache à contribuer à la détermination du cadre conceptuel posé par la notion de logement abordable, en tant que dispositif urbain et dispositif de l’action publique, et plus largement l’idée de « l’habiter abordable » comme agent actif des dynamiques socio-spatiales sous-tendant les processus de métropolisation. La seconde partie analyse, en prenant appui sur le terrain d’étude de la Métropole de Montpellier, les processus de fabrication de l’objet de recherche au niveau du bloc communal et les possibles signes de rupture des modèles opérationnels historiques qu’il révèle.
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