Affirmation d’une valeur sociale des architectes et processus de segmentation par la « commande du particulier »

Communication présentée lors des 11ᵉ Congrès AFS Toulouse, 8-11 juillet 2025.

Les activités professionnelles du groupe des architectes évoluent pour s’adapter aux problématiques environnementales. L’émergence d’un segment sur la commande des particuliers est portée par plusieurs coalitions d’intérêts engagées dans une recherche de légitimation auprès de leurs pairs. L’analyse des interactions entre leurs représentants et cet auditoire renseigne sur la correspondance des enjeux de l’écologie globale du groupe et la valorisation d’une nouvelle figure professionnelle.

Résumé de la communication
Au sein du groupe des architectes, on observe des dynamiques récentes à partir de l’étude des activités professionnelles (Demazière, 2008). Notamment, l’émergence d’un segment sur la rénovation du logement des particuliers apparaît grâce à l’action simultanée de plusieurs coalitions (Bucher et Strauss, 1992). En amont, l’environnement professionnel s’est féminisé et passe le cap des 50 % de femmes diplômées des écoles d’architectures (DPLG) en 2004. Un an après, les conditions de diplômes changent et la réforme LMD introduit un diplôme d’Etat d’architecte (DEA) en M 2. L’accès à l’Ordre est dorénavant contrôlé par l’Habilitation à exercer la maitrise d’œuvre en son nom propre (HMONP) établissant ainsi une double barrière (Hughes, 1996).
Aujourd’hui, dans un contexte global d’actions politiques fléchées sur les transitions, les diplômés en architecture sont présents dans les organismes de service public, les start-ups et les entreprises d’architecture. Ils manifestent des compétences sur la prise en charge des questions environnementales incombant aux ménages propriétaires de leur habitation. Acteurs de la sphère d’activités destinées aux particuliers, investis pour répondre aux problématiques environnementales, formés à la discipline architecture, leurs activités ne relèvent pas toujours d’une juridiction (Abbott, 1988). Insérées dans divers environnements de travail, ces diplômés inscrits ou non à l’Ordre modifient les écologies liées du groupe professionnel et du système de la profession par leurs visibilités auprès de plusieurs auditoires (Abbott, 2003). Une famille composée d’une majorité de la population ordinale est révélée par l’observatoire de l’économie de l’architecture. Elle cherche à maîtriser son espace professionnel par des stratégies de différenciation dans un monde économique aux nouvelles logiques d’organisation (Gadrey, 2020).
Nous analysons ici les interactions des représentants de ces « architectes » avec leurs pairs. Rassemblés autour des thèmes de la « commande du particulier » et de la « rénovation énergétique », ce sous-groupe s’applique à légitimer son expertise spécifique et son utilité sociale. Quels sont les éléments d’affirmation de postures, d’opinions, de thèmes de négociation partagés avec l’ensemble du groupe professionnel ou à l’inverse les lignes de tensions ? Dans quelle mesure la rhétorique produite par cette communauté rejoint les intérêts du groupe et consolident une réponse commune aux enjeux écologiques ? Quelle valorisation institutionnelle de son environnement de pratiques en interne ou en externe cette famille d’entreprises attend-elle en retour ?
L’étude de ces dynamiques au niveau mésosociologique repose sur des matériaux récoltés selon trois méthodes : le récit biographique de soixante-cinq acteurs principalement engagés dans ces coalitions, l’observation participante d’une dizaine de scènes institutionnelles et l’étude des discours produits par ce groupement de diplômés partageant intérêts, idéologies et dispositifs d’actions, le groupe dans son entier et les groupes voisins.