Le relevé climatique habité : évaluer autrement la réhabilitation du bâti ancien

Communication présentée lors des 8ᵉ Rencontres doctorales nationales en architecture et paysage, Versailles, 16 octobre 2025.

Cette communication analyse les limites des dispositifs réglementaires (DPE, audits) appliqués au bâti ancien et présente le « relevé climatique habité », une méthode croisant relevé architectural, usages et mesures thermiques pour requalifier la performance et le confort dans les réhabilitations menées en Bretagne.

Résumé de la communication
La loi Climat et Résilience de 2021 tend à contraindre les propriétaires bailleurs à rénover énergétiquement leurs logements et à inciter les propriétaires occupants. Toutefois, peu de distinctions sont faites réglementairement entre le bâti contemporain, aux matériaux industrialisés, et celui dit ancien, construit avant 1948. La reconnaissance de ces qualités, tant thermiques, environnementales que patrimoniales, constitue aujourd’hui le combat d’un ensemble d’acteurs associatifs et privés du patrimoine et de l’écoconstruction. Ils estiment que ces outils coercitifs (DPE, Audit) ne sont pas à même d’évaluer correctement le bâti ancien en tenant compte de ses particularités. Dans ce sens, en Bretagne, ils sensibilisent, forment et accompagnent sur les stratégies de réhabilitation adaptées aux caractéristiques de ce bâti. L’étude de leurs pratiques permet de mettre en débat les stratégies de rénovation énergétique promues par l’ANAH, ainsi que les notions réglementaires de performance et de confort thermique dans la réhabilitation du bâti ancien. En effet, ce dernier possède, par ses matériaux, des propriétés hygroscopiques et d’inertie qui sont difficiles à prendre en compte dans les outils réglementaires de la rénovation. Ainsi, dans le cadre de la recherche doctorale, cette intervention présente le recours à la méthode du relevé habité en y ajoutant des données sur la thermique. Mis en lien avec un travail d’entretien approfondi, cette méthode consiste à réaliser un relevé architectural du logement, en y intégrant les dimensions structurelles et matérielles, ainsi que l’occupation de l’espace et ses évolutions. Dans le cadre de la rénovation énergétique, l’objectif de recourir à cet outil est d’aborder, d’une part, le confort thermique subjectif des occupants à travers le relevé des éventuels compromis effectués entre les performances énergétiques, la préservation des qualités architecturales et les impacts environnementaux de la stratégie de réhabilitation. Il s’agit aussi d’interroger les qualités ou les valeurs symboliques que l’occupant prête à son logement et aux matériaux qui le compose. D’autre part, l’objectif de cette méthode est de confronter le récit de l’occupant avec des mesures in situ de températures opératives* et de taux d’humidité relatif de l’air au cours de l’année, afin d’aboutir à une objectivation des perceptions de performance et de confort thermique. Il s’agit enfin de distinguer méthodologiquement ce qui relève de l’apport des matériaux bio et géosourcés dans le confort thermique du bâti ancien, de ce qui relève des stratégies d’usage, d’adaptabilité des paramètres de confort et de sa perception subjective. Ce « relevé climatique habité », tel que le définit l’architecte et doctorant Martin Fessard, est réalisé autant chez des ménages subventionnés par l’ANAH qu’accompagnés par des acteurs du patrimoine et/ou de l’écoconstruction.

* La température opérative correspond à la moyenne entre la température de l’air et la somme de toutes les températures de surface des parois, pondérées par leurs surfaces. La température opérative permet de tenir compte de l’effusivité des revêtements des parois pour connaitre la température ressentie par l’usager. Elle ne tient pour autant pas compte du débit d’air ambiant ni du taux d’humidité relative de l’air.