Projet scientifique du LET

L’importance prise par les enjeux de transition écologique et de démocratisation de l’action publique, les situations de crise (environnementale, économique, financière, sociale, sanitaire...) qui se succèdent, se superposent ou se combinent, transforment les manières d’habiter tout comme les modalités d’évolutions des villes et des territoires. Le Laboratoire Espaces Travail, équipe pluridisciplinaire fondée en 1978 et membre de l’Unité Mixte de Recherche CNRS 7218 LAVUE, analyse ces dynamiques en s’attachant à identifier les cadres de pensée, les logiques d’intervention, les pratiques, les savoirs et les compétences des différents groupes sociaux ou individus, professionnels ou non, impliqués dans des activités relevant des domaines de l’architecture, de l’urbanisme et du paysage. Les travaux du Let privilégient dans ce cadre une approche élargie et processuelle de la notion de projet, en ne la limitant pas à ses acceptions formelles, à une image finale produite, à un espace aménagé ou construit mais en considérant aussi les démarches de programmation, de conception, de préfiguration, de mise en œuvre, de gestion ou d’évaluation qu’elle peut intégrer. Ces actions, tout comme les représentations et valeurs attribuées aux espaces, le rapport aux ressources déjà présentes ou à rassembler, les qualités d’usages et d’habitabilité attendues, constituent des points d’entrée majeurs des recherches menées au sein du laboratoire.

Tout en s’intéressant aux contextes spatio-temporels, organisationnels et procéduraux dans lesquels s’inscrivent les démarches de transformation spatiale, les travaux du Let appréhendent celles-ci à travers les stratégies ou les désirs qui les motivent, les méthodes et outils qui s’y déploient, les éléments matériels et immatériels qu’elles produisent depuis leur initialisation. Considérant ces activités comme procédant d’expériences socialisées, les recherches du Let tentent de reconstituer les systèmes d’acteurs qui contribuent à leur élaboration en tenant compte de leur caractère mouvant et en étudiant les préoccupations économiques, sociales, démocratiques et environnementales qui les animent. L’absence ou le faible engagement de certains profils de personnes a priori concernées par de tels processus mais qui n’y sont pas associées ou refusent de l’être, est également questionnée.
Ainsi, dans le prolongement des urban studies, les recherches du Let interrogent de manière interdisciplinaire et critique, les principes et les valeurs qui guident les stratégies de patrimonialisation, de développement ou de renouvellement urbain, sans éluder les intérêts souvent contradictoires qui les traversent. Elles examinent les formes dominantes de la production architecturale et urbaine induites par la prégnance des modèles économiques néolibéraux et par la financiarisation des domaines de l’aménagement de l’espace en France et à l’international. Le Let décrypte à travers ce prisme les incitations ou les injonctions émanant des politiques publiques de transition écologique et numérique, l’impact des évolutions technologiques – liées par exemple au recours à de nouveaux procès, outils ou types de matériaux - sur l’émergence ou le développement filières de la construction, sur l’apparition et la diffusion de modèles architecturaux et urbains, sur la reconfiguration des ingénieries de projet ou encore sur la diversification des acteurs et des métiers de l’aménagement de l’espace. Les recherches du laboratoire s’intéressent aussi, dans une perspective socio-historique ou à partir de démarches plus ethnographiques focalisées sur une période précise, à des modalités alternatives de transformation de l’espace, basées sur des pratiques coopératives et participatives, sur des principes de frugalité dans la mobilisation des ressources et de prise en considération des savoirs locaux. La spécificité de ces situations de projet, la singularité des pratiques qui s’y développent, des instruments déployés et des réponses matérielles apportées, peuvent conduire à les qualifier de processus de "fabrication". La place et les compétences de l’architecte ainsi amené à interagir avec d’autres acteurs, politiques, techniques ou issus de la société civile, dans des contextes fortement ou faiblement régulés par la puissance publique, font l’objet d’une attention particulière. Il s’agit également d’étudier dans quelle mesure ces expériences participatives, de coproduction voire d’autoproduction, souvent marquées du sceau de "l’expérimentation" donnent lieu à des évaluations, à un travail de capitalisation structuré, à l’émergence de nouvelles qualifications et de connaissances, à des dynamiques d’apprentissage et de circulation des savoirs. L’intérêt que portent à de telles pratiques, les opérateurs conventionnels de la production de l’espace – directions de l’urbanisme ou de l’immobilier, services techniques des maîtrises d’ouvrage publiques ou privées, aménageurs, promoteurs, bailleurs, constructeurs… - tout comme les nouvelles formes d’expertises et de professionnalité qu’elles suscitent, sont analysés.

Soutenant des méthodes d’investigation se déployant à partir d’un fort ancrage sur le terrain partageant les objectifs d’une science ouverte et participative, le laboratoire a noué depuis plusieurs années, divers partenariats avec des collectivités territoriales, des institutions publiques, des organisations sociales et citoyennes, des bureaux d’études privés en maîtrise d’œuvre ou en programmation. Ces collaborations sont l’occasion de développer différents formats de recherche (-intervention, -action, -développement, par ou pour le projet…) tout en maintenant une préoccupation de répondre aux principes d’une démarche scientifique.

Les recherches du Let abordent une diversité de terrains ou d’objets spatiaux : espaces urbains, péri-urbains ou ruraux, quartiers planifiés ou non, écoquartiers, espaces d’habitation ou de travail, espaces publics, équipements scolaires... Ils peuvent aussi porter sur des démarches, des procédures, des profils d’acteurs, selon des approches généalogiques, situées dans le temps et dans l’espace.

Le Let est coordinateur du Réseau Acteurs et Métiers de l’Architecture et de l’Urbanisme (Ramau). Il a aussi la coresponsabilité de deux Chaires du Ministère de la Culture, Le Logement demain, et Expérimenter, Faire, Fabriquer et Transmettre (Eff&t).
Ses membres participent au programme de formation initiale de l’ENSAPLV et à des formations continues dans le cadre du Master Ergonomie, organisation et espaces du travail, du Post-Master Recherches en Architecture et du Post-Master Démarches de Programmation en Architecture et en Génie Urbain (D/PRAUG).

Postures et méthodes de recherche

Sur les plans théoriques et méthodologiques, les recherches du Let mobilisent des approches compréhensives, ou plus pragmatiques voire constructivistes. Ces dernières consistent à considérer que les personnes cibles d’une action comme celles qui en sont à l’initiative, ont tout intérêt à être associées à un travail d’investigation pour contribuer à la définition des problèmes comme à leurs résolutions . Il est fait l’hypothèse que les acteurs des projets ont une capacité de restitution et d’interprétation critique des situations auxquelles ils sont confrontés, pouvant alimenter la production de connaissances. Leurs avis et leurs procédés de justification sont appréhendés comme des objets d’analyse. Les travaux du Let mobilisent une diversité de démarches et de méthodes d’investigation, selon les questionnements et les problématiques de recherche formulés.

Des démarches empiriques
Les recherches entreprises sont le plus souvent fondées sur des enquêtes de terrain liées à des situations de projet en cours ou achevées, à des espaces de production de politiques publiques, ou encore à des organisations développant des activités contribuant à la transformation des lieux et des territoires. Ces démarches peuvent reposer sur l’analyse de corpus d’informations, d’archives conduisant à des analyses, à la construction de bases de données.

Des approches interdisciplinaires
Fortement ancrés dans les domaines de l’architecture, de l’urbanisme et du paysage, les objets de recherche font aussi appel à différentes disciplines en combinant leurs apports : sociologie urbaine et anthropologie de l’espace, sciences de la conception, sciences de gestion et des organisations, sciences de l’environnement…

Des approches distanciées ou embarquées fondamentales ou à visée de développement
En fonction du sujet, des opportunités de collaborations avec des acteurs commanditaires d’une recherche ou parties prenantes d’une situation étudiée, les travaux du Let peuvent donner lieu à des interactions plus ou moins fortes avec un terrain et ses différentes composantes. Tout en s’attachant en premier lieu à produire de la connaissance, celles-ci peuvent s’organiser en ayant des liens étroits avec des acteurs et avec des processus en cours : élaboration de projets, évaluations de politiques ou d’actions in itinere ou a posteriori, démarches réflexives engagées par des acteurs...
L’intérêt, la portée tout comme les différents biais épistémologiques liés à ces situations sont objectivés.

Des démarches partenariales
Le Let a l’habitude de développer des recherches dans des cadres partenariaux avec des organisations publiques ou privées… Outre l’accès favorisé à des terrains ou à des financements, ces collaborations offrent des occasions de regards croisés sur des objets, peuvent s’accompagner de réflexions sur l’hybridation et la diffusion des savoirs, sur les effets de la recherche sur le monde professionnel et réciproquement.

Diversifier et articuler les méthodes et outils
Les travaux du Let privilégient un choix des méthodes et des outils non pas a priori, mais fondés sur la nature des sujets à traiter et les objectifs visés. Des approches qualitatives - entretiens individuels, ateliers et focus groupes, observations distanciées ou participantes, relevés habités, analyse de documents écrits ou visuels, d’archives... -, ou quantitatives - enquêtes par questionnaires donnant lieu à des traitements statistiques, à des typologies - sont mobilisés, souvent de manière conjointe et articulée. Les combinaisons sont menées dans une logique d’exploration élargie, de mise en débat, de consolidation et d’appréciation des limites des résultats produits.’

Des recherches avec une dimension internationale
Les recherches du Let ont une dimension internationale aussi bien par les coopérations scientifiques développées, les terrains de recherche retenus que par le caractère comparatif des réflexions menées en termes de cadres de pensée, de théories, de méthodes, de pratiques ou d’objets convoqués ou analysés.